LA NOUVELLE REPUBLIQUE 28.10.2019

Les femmes ont accroché des pancartes dans l’ascenseur pour interpeller. © Photo NR
Face au sexisme ambiant, la résidence habitat jeunes Kennedy, à Poitiers, a proposé un atelier d’autodéfense verbale à un groupe de femmes.
Je suis la seule à avoir peur dans l’ascenseur ? », « C’est normal tous ces mecs qui restent devant la résidence ? », « Pourquoi je n’ose plus aller dans les cuisines collectives ? ».
Dans les parties communes de la résidence habitat jeunes Kennedy, aux Couronneries, à Poitiers, des pancartes interpellent. Elles ont été créées lors d’un « word café » initié par l’animatrice Christine Bourgeois à la fin du mois de septembre. La séance, non mixte, a permis de faciliter la parole des femmes.
“ Elles ont toutes vécu un traumatisme ” Résidentes, salariées et membres actives de l’association de la résidence ont fait part de leur malaise dans certains endroits de la résidence mais aussi dans l’espace public en général. « Les femmes sont une minorité invisible », analyse la coordinatrice Euryale Barthélémy. Il faut dire que sur les 162 résidents de Kennedy, seulement 30 sont des femmes. « Sur les 17 femmes présentes lors du “ word café ”, on s’est rendu compte qu’elles avaient toutes vécu un traumatisme à un moment de leur vie, du fait d’être une femme dans l’espace public », retrace Christine Bourgeois. Agression, agression sexuelle, viol : certaines jeunes femmes disaient pour la première fois leur calvaire.
Laura, 30 ans, habite depuis deux ans à la résidence. « Au début, je n’allais pas dans les cuisines ou alors très rapidement pour faire réchauffer un plat au micro-ondes » pour éviter de faire face aux hommes. Malory, 20 ans, habite au 10e étage : « Dans l’ascenseur, je ne suis pas toujours sereine. Certains hommes engagent la discussion de manière insistante. »
Depuis leur installation, certaines pancartes ont été arrachées, d’autres annotées. « On sent une résistance de la part de certains hommes », constate Euryale Barthélémy.
Prendre sa place dans l’espace public Avec Christine Bourgeois, elle a poussé le projet plus loin en contactant la comédienne Anne Morel.
Jeudi 24 octobre au soir, celle-ci a animé un atelier d’auto-défense verbale, émotionnelle et mentale (*) pour apprendre aux femmes « comment on prend sa place dans le monde et dans l’espace public ». La directrice artistique de la compagnie Sans Titre s’est attachée à déconstruire les mythes, comme celui qui voudrait qu’une femme soit plus faible physiquement qu’un homme et donc dans l’incapacité de se défendre. Le projet va se poursuivre avec le concours d’Hélène Némec. La professeur d’arts plastiques animera huit à dix ateliers, de novembre à février pour
« investir davantage les lieux de manière plastique et se rendre visibles ».
(*) Un stage sur ce thème sera proposé le samedi 16 novembre,
à 14 h, à la M3Q dans le cadre du festival « Égale à égal ».