LA NOUVELLE REPUBLIQUE 19.12.2019

Parmi les incivilités du quotidien auxquelles le bailleur social doit faire face, le dépôt d’encombrants au pied des immeubles. © (Photo Patrick Lavaud)
Pour lutter contre les incivilités, le bailleur social a formé des salariés assermentés qui pourront dresser des procès-verbaux aux locataires irrespectueux.
Des tags ici, là un dépôt d’ordures sauvage, voire des jets d’ordures par les fenêtres, de l’urine ou des excréments dans les halls d’immeubles ou les ascenseurs, des nuisances sonores, le non-respect des règles élémentaires de vie dans un immeuble… Voilà le catalogue – non exhaustif – des incivilités le plus souvent répertoriées par les bailleurs sociaux.
L’un d’eux, Ekidom, l’office public de l’habitat de Poitiers, a décidé de s’inscrire dans une démarche volontaire pour lutter contre ce fléau en formant une première équipe de salariés assermentés. Le 6 décembre dernier, quatre d’entre eux, volontaires, ont prêté serment devant le tribunal d’instance.
Une habilitation qui leur permettra de dresser des procès-verbaux aux locataires irrespectueux.
Peur du gendarme et pédagogie « Ce sont toutes ces petites incivilités qui pourrissent la vie des locataires et génèrent un sentiment d’insécurité, commente Aurélien Luzi, directeur des territoires à Ekidom. Ces gardes particuliers ont reçu une formation obligatoire d’une journée et demi. Ils auront certaines fonctions de police judiciaire mais ne se substituent pas à la police. Concrètement, le PV établi sera adressé au procureur de la République qui décidera des suites à donner. »
Première dans la Vienne, cette expérience a déjà été menée par d’autres offices, notamment à Paris et dans la région lilloise. « Pour ces bailleurs, le retour est positif, résume Daniel Hofnung, le président d’Ekidom. Ils ont constaté une baisse des incivilités de l’ordre de 40 %. L’objectif, ce n’est pas de faire de l’argent qui reviendrait de toute façon sous forme d’amende à l’État. Nous voulons surtout essayer de lutter contre ces incivilités qui pourrissent la vie de tous les locataires. La peur du gendarme peut jouer, maïs nous continuerons à faire ce que nous avons toujours fait, c’est-à-dire expliquer aux gens ce qu’est le bien vivre ensemble, le mieux vivre ensemble. L’un ne va pas sans l’autre. »
Les équipes de médiateurs renforcées En parallèle à cette nouvelle démarche, le bailleur complète ses équipes de médiateurs dans les quartiers. En 2020, il envisage de poursuivre cette expérience avec de nouvelles équipes de salariés, sur la base du volontariat. Huit autres agents ont déjà reçu une formation. À terme, l’ensemble des quartiers de Poitiers devrait être couvert par ce dispositif.
Repères : un parc de plus de 12.000 logements
>Le bailleur Ekidom gère aujourd’hui un parc immobilier de 12.500 logements sur 30 communes dont environ 10.000 sur la seule ville de Poitiers. Le reste est réparti entre les communes de Grand Poitiers et d’autres secteurs du département.
>L’office emploie aujourd’hui 208 salariés en CDI.
>Il a réalisé un chiffre d’affaires de 58 M€, charges locatives comprises.