LA NOUVELLE RÉPUBLIQUE 13.08.2020

Bernard et Samuel, père et fils, rêvent de plus d’accessibilité et d’un terrain de pétanque. © Photo NR

Le Petit Prince voulait qu’on lui dessine un mouton. Aux Couronneries, on demande aux habitants de rêver leur quartier.
À quoi ressemble ce palais idéal ?

C’est un drôle de convoi qu’on croise place de Provence, dans le quartier des Couronneries. Chevalet sous le bras, tables et chaises pliantes dans les mains. Pauline et Jean, du collectif d’architectes et cartographes Hyperpour, galopent d’une place à l’autre, à la rencontre des habitants. Et les vues aériennes du quartier, installées sur le chevalet, font leur petit effet.
« Ah regarde, c’est ton immeuble, là ! » « Mais non, c’est celui d’à côté… »
« T’es sûr ? »

Un projet d’ici 2024-2025

C’est à ce moment-là que Pauline et Jean dégainent stylos et feutres et invitent les habitants à s’attabler. « Certains passent leur chemin. D’autres jouent le jeu à fond », confie Pauline Lespiau. Le jeu, pourtant très sérieux, consiste à dessiner la maison de quartier de ses rêves et ses alentours. Celle qui devrait voir le jour en 2024 ou 2025. Missionné par l’association culturelle Chantier public, l’école d’arts plastiques de Grand Poitiers et le centre d’animation des Couronneries, le collectif Hyperpour à la charge de recueillir les avis et envies des citoyens. Et ça fuse dans tous les sens. Zoé, 8 ans, veut « une nouvelle mairie ». Lina, 6 ans, est « hyperpour un baby-foot ». Carlos, 8 ans, rêve d’une « maison de quartier en forme de maison hantée ». Eh oui ! Tout est permis puisque l’ANRU, l’Agence nationale pour la rénovation urbaine, qui apporte son soutien au projet de rénovation des Couronneries, a été rebaptisée, pour l’occasion, l’Amicale naïve des rêveries urbaines. Qui dit mieux ? Françoise, 81 ans : « Qu’est-ce que je veux ? Qu’on arrête de construire quoique ce soit. Je veux des jardins partagés, des façades végétales et des espaces verts. »

« Des rues et des bâtiments plus adaptés » Bernard, 65 ans, et son fils Samuel, 40 ans, habitants du quartier depuis 2014 ont des rêves très pragmatiques. « Un terrain de pétanque », clament-ils d’une seule voix. « Le plus proche est difficilement accessible pour mon fils », explique le père. En fauteuil roulant, Samuel enchérit : « D’une manière générale, il faudrait des rues et des bâtiments plus adaptés. Pour venir au marché, alors que j’habite en face, je dois faire un détour car il y a un passage, mais pas de rampe. »
Jean Huet, l’architecte du collectif Hyperpour, est satisfait que les us de son métier évoluent. « C’est assez récent, dans l’histoire de l’architecture, de donner de l’importance aux avis des habitants. » Pourtant, tous les acteurs sociaux du quartier le disent : « On ne peut pas appréhender tout seul, dans notre coin, ce que les gens imaginent. » Et l’intergénération semble faire l’unanimité. Laurence Cornu, coordinatrice de la maison du Projet, confie : « La maison de quartier de demain, ce sont les générations futures qui vont l’utiliser. Ceux qui la fréquentent aujourd’hui vont pouvoir, avec leur expérience, dire ce qui va, ce qui ne va pas, ce qui peut être amélioré. »
Pauline et Jean réfléchissent déjà à la restitution de ce travail, lors de la fête de quartier, le samedi 19 septembre. « Les propositions qu’on a le plus entendu et celles qui sont réalisables, nous allons les porter pour faire entendre, au mieux, la voix des habitants. »

Le collectif Hyperpour est encore dans le quartier jeudi 13 août, de 16 h à 20 h, sur le terrain Rouge et vendredi 14 août, de 16 h à 19 h, devant la résidence habitat jeunes Kennedy.